Préface... LES SUCETTES À DANY
Dany a reçu des cieux le don de raconter des histoires. Par modestie, il
soutient que ce sont de tierces personnes, parents, amis ou collègues, qui les lui
racontent.
C'est faux, bien sûr. Le tout est de son cru. Son imagination débridée en a fait le
narrateur impénitent qui, pour la quatrième fois, se manifeste de façon éblouissante
dans le présent album.
Je sais bien de quoi je parle,
connaissant Dany depuis fort longtemps, et issu, comme lui, de haute lignée. Dany, donc,
né Daniel de la Grosse Motte Fleurie-Nichon, Baron de Lapeyre de Faysse et Vidame de
Médeult de Labitte de Montripier, conteur génial, régalait déjà ses jeunes compagnons
de nursery grâce à ses histoires inventives, romanesques et pleines d'imagination.
J'occupais le berceau voisin et ne me
lassais point de l'écouter.
Plus tard, nous fîmes ensemble nos
Humanités au Collège Jésuite de La Paudemay-Roussethon.
Puis chez les religieuses de
Montcuq-Séty du Poulay où Dany, adolescent éveillé, fascinait les petites soeurs de
ses contes et légendes issus de son cerveau fertile. Détail touchant, il y avait au
couvent quelques vaches. Mère Javotte, la Supérieure ayant en charge les traites, le
lait et le beurre, astiquait sa motte quotidienne tout en souriant avec indulgence aux
extraordinaires récits de Dany
Le temps passa. À l orée de l'âge
adulte, nous entrâmes tous deux à Polytechnique. Dany passa brillamment ses examens et
sortit de cette glorieuse Ecole avec le grade d'aspirant, décerné en fin d'études par
le Colonel Baron de Thiains-Fémoy-Hunebeaune-Pyppe- Houchetanque-Hule.
Aujourd'hui, Dany a mûri. Son
physique de patriarche, son beau visage buriné, sa longue chevelure argentée, tout chez
lui témoigne de sa grande expérience de la vie. Parfois, nous nous rencontrons autour
d'un vieux Sauternes millésimé qu'il débouche pour l'occasion. Et il continue à narrer
ses passionnantes et interminables histoires que j'écoute, malgré tant d'années
écoulées, avec le même égal ravissement.
Sa fidèle gouvernante Berthe,
discrètement dissimulée sous la table (elle adore aussi le goût du blanc) recueille
précieusement la substantifique moelle qu'elle consigne ensuite dans un grand livre où
Dany se plonge parfois.
Au fil des ans il en tire quelques
extraits qu'il transcrit sous forme de somptueuses enluminures. Celles-ci sont ensuite
reliées et deviennent ainsi de merveilleux volumes dorés sur tranche et dignes de
figurer dans les plus somptueuses bibliothèques princières.
Lecteur, mon ami, mon frère, mon
fils, prends ce livre, régale-toi des gravures, jouis des textes. Et si d'aventure ton
esprit est envahi de tristesse, si ta conscience est brisée par Ia lassitude d'une morne
existence, isole-toi en quelque lieu secret pour méditer et pour prier. Laisse aller tes
yeux de ci de là, tenant le précieux volume d'une main, mon cousin, cependant que de
l'autre, tu entonneras un chant à la gloire de son auteur Dany.
Alors,
alors seulement, tu seras un homme mon fils.

N.B. Le titre
"Les sucettes à Dany" n'a strictement aucun rapport avec le texte. Il est mis
là uniquement pour faire un bon mot, afin de donner un ton léger et guilleret à ce
texte, un peu trop ardu, complexe et savant parfois, et dont l'érudition risque d
échapper au lecteur insuffisamment lettré.
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