NOTES DE VOYAGE
SUR LES PAS DE DAVID ROBERTS
Mon premier contact avec David Roberts, je le dois à mes lectures sur l'Égypte, il y a des années. Fort peu de livres qui ne contiennent, encore aujourd'hui, au moins la reproduction d'un dessin de cet artiste et le charme opère toujours. Mais c'est seulement en 1988, au cours d'un deuxième voyage à Louxor que je me suis rendu compte de l'impact et surtout de l'ampleur de son travail. Ce sont des centaines de dessins que David Roberts réalisa au cours d'un voyage qui le mena d'Alexandrie à Assouan, en 1838. Alors très vite m'est venue l'idée de retrouver et ensuite de redessiner les sites qu'il avait visités il y un siècle et demi. L'Égypte a beaucoup changé, une population pléthorique, de nombreuses constructions ont envahi bien des paysages. Le tourisme organisé a créé des exigences pas toujours compatibles avec le cadre historique. J'ai recherché avec précision les endroits où David Roberts s'est arrêté il y a plus de 150 ans et j'ai dessiné ce que l'on peut voir aujourd'hui.
Roberts a-t-il réalisé ses dessins avec fidélité ou bien à partir de croquis s'est-il laissé porter par sa fantaisie?.
DU TEMPLE DE KARNAK
- 25 février 1993Chaque fois que l'on pénètre dans cet immense vaisseau l'émotion est la même. Il ne m'a pas été difficile de retrouver l'endroit exact choisi par David Roberts pour planter son chevalet. J'ai passé six heures à réaliser ce dessin. J'admire toujours la rapidité avec laquelle mon prédécesseur travaillait, il a réalisé à Thèbes, en trois jours, plus de quinze dessins . Retour à l'hôtel, je reprends mon dessin, stupéfaction! Contre toutes logiques, deux colonnes de second plan semblents 'interpénétrer et se cacher derrière une colonne de l'avant plan. Dès la première heure, le lendemain, je suis à Karnak. Pas d'erreur! D'où je me trouvais cette déformation de perspective est effective...je constate que David Roberts à fait la même « erreur> dans son dessin. Cela ne s'invente pas, il a bien travaillé sur place. La déformation est due à notre situation trop rapprochée. Je remarque quelques pierres en équilibre sur les linteaux, des fissures dans les pierres rien n'a changé depuis cent cinquante ans hormis les colonnes redressées à l'amère plan. En comparant les deux dessins on constate que l'ensablement du temple était très important. Les scènes d'hommages gravées sur les colonnes, au tiers de la hauteur, se retrouvent près du sol chez David Roberts
KARNAK
24 novembre 1993Heureux qui, comme David Roberts, a pu s'installer devant l'entrée de la grande salle hypostyle pour dessiner calmement cette magnifique perspective. C'est aujourd'hui une gageure de se planter en plein milieu de l'entrée, au centre du flot des touristes, je croyais cela impossible même en commençant le dessin dès l'ouverture du temple à 7 heures 30. Eh bien, pas du tout! J'ai pu travailler tranquillement sinon confortablement, debout pendant six heures. Ici, comme dans les autres dessins, beaucoup de précision chez David Roberts pourtant si la proportion des colonnes est presque identique et l'ensablement peu important. on ne remarque chez David Roberts aucune déformation de la perspective, bien visible dans mon dessin et le curieux allongement en hauteur des registres des colonnes, Le bandeau de hiéroglyphes, sous la silhouette du dieu MIN (à gauche) dessiné presque au sol chez David Roberts se retrouve à hauteur des travées sur mon dessin. Les ombres des dessins sont celles projetées à 13 heures 30. Un petit clin d'oeil en terminant sur le dieu MIN. La société anglaise du siècle passé, trop puritaine, n'aurait pu supporter l'étalage de ses attributs aussi divins que virils. David Roberts les a pudiquement« oubliés », ne lui en faisons pas le reproche.
LES TEMPLE D'ABOU-SIMBEL
1 décembre 1995La traversée du désert, dans la nuit du 8 au 9 a été pénible et glaciale. Levés à 4 heures. Formation en colonne avec encadrement militaire puis départ à 6 heures. Au bout de 60 km, notre vieux taxi se retrouve à la traîne, plusieurs kilometres en arrière. Nous ne sommes pas très rassurés. Nous arrivons une heure après la colonne! Le 11 décembre le soleil est revenu... mais il fait toujours aussi froid et venteux. Le matin j'arrive plus tard, je croise les premiers touristes. Vers 11 heures à nouveau le silence s'installe. Un bateau abordera l'après- midi mais je continue mon travail. Ce n'est que le soir que je confronterai mon dessin à celui de David Roberts. Son soucis des détails emporte toujours mon admiration.
PHILAE - LE KIOSQUE DE TRAJAN
15 décembre 1995Pour l' amateur que je suis, les égyptologues me le pardonneront, le transfert du temple d'Isis de l'île de Philae à celle d'Aguilkya, n'a rien fait perdre au charme du lieu. Le soin avec lequel le transfert a été fait est admirable; L'approche se fait toujours en bateau comme au temps de David Roberts. Plus tard, installé sur le mur de la terrasse, je dessine le kiosque de Trajan. Cette terrasse n'existe pas sur le dessin de David Roberts, chez lui, sur la droite, la verdure foisonne. L'ensemble du kiosque est plus trapu, le dessin des chapiteaux, comme toujours chez David Roberts, très précis. Par contre, la frise de cobras surmontant les murs soit a disparu, soit n'a jamais existé. Les murs, eux-mêmes, semblent inachevés aujourd'hui. Dernière remarque: Les roches chaotiques qui composent les îles environnantes et leur couleur grise, caractéristique de la pierre granitique, n'apparaissent pas chez David Roberts.